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MAUVAISE HUMEUR
et si ça ne vous plait pas, tant mieux !
Un jour, il y a fort longtemps, quelqu’un m’a posé une question. J’étais alors une petite étudiante au ventre rond. C’était un ami de la fac, cette fac pourrie de la banlieue parisienne, enclavée dans une cité. Nous nous prenions des sacs poubelle et des bouteilles sur le coin du nez, lancés depuis les étages des immeubles, quand nous commettions l’erreur de marcher à découvert.
Ce jour-là, nous étions censés passer l’après-midi en révisions à la bibliothèque. Mais il a posé LA question, et nous avons laissé notre imagination dériver jusqu’à la fermeture (Emmanuel, je te bise).
« Comment tu te vois quand ta fille aura ton âge ? »
Se projeter dans un lointain futur, quand on a 20 ans, n’est déjà pas une chose aisée, mais réussir à tomber juste relève du miracle.
Moi je m’imaginais dans une maison pleine d’enfants (c’est la seule chose qui s’est d’ailleurs réalisée). Mais pas n’importe quelle maison. Une maison qui ressemblerait à celle qui m’a fait flasher dans mon adolescence. Pour la voir, il faut aller dans un petit village berrichon, Charenton-du-Cher. Une fois là-bas, il faut demander dans le village où se trouve la sirène des pompiers. Ben oui, la sirène est fixée sur cette maison. Bien évidemment, dans mes rêves éveillés, point de sirène, hein ! Une vie tranquille, dans une campagne souriante.
L’autre éventualité était un cottage dans la campagne anglaise, à côté de Lymington, petite ville calme quasiment en face de l’île de Wight, à l’orée de la New Forest. Toujours plein d’enfants, du soleil, une odeur de pâtisserie qui flotte et de la farine sur le nez. Des escapades à Southampton ou à Londres de temps en temps.
Est-ce la faute des hormones de grossesse si je me voyais dans le rôle de la mère nourricière ? Je ne sais pas.
Toujours est-il que ma réalité quotidienne 20 ans après, je n’ai pas beaucoup de temps pour les gâteaux. Je vis en ville, je ne pars jamais nulle part, faute de moyens financiers.
Et je suis tombée il y a quelques jours sur la photo d’une maison qui se trouve être la réplique presque exacte de la maison de Charenton. Dedans vit une famille nombreuse, et la femme de cette maison vit en quelque sorte la vie que je m’étais rêvée il y a 20 ans.
Et elle n’en est pas satisfaite.
Et dans 20 ans, me direz-vous ?
Plus d’enfants à demeure, une vieille femme solitaire, qui fera des cookies pour les enfants des voisins.
Foutu destin !
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