Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 20:40

Il y a un truc qui m’épate à chaque fois que je vais dîner chez quelqu’un, c’est cette aisance déconcertante de la maîtresse de maison à calculer pile-poil ses repas pour que tout se passe de façon fluide, et en étant à table avec ses invités un maximum de temps.

Je mets maîtresse de maison, mais c’est bien évidemment valable également quand c’est monsieur qui fait la bouffe, bien que ce soit tellement rare que je me demande si ça vaut la peine d’être mentionné.

Moi, quand je fais le repas, même au quotidien, je passe la moitié du temps debout à aller chercher ceci, à veiller la fin de la cuisson de cela. J’ai beau essayer, ça ne se passe jamais comme chez les autres.

Suis-je aussi peu douée que ça ?

Franchement, si par hasard il me vient l’idée de rester assise avec mes gosses pendant toute l’entrée, le plat principal finit par cramer, c’est incontournable. Et si j’éteins la plaque en me disant que la chaleur restera bien assez longtemps, c’est systématiquement à ce moment-là qu’on part dans une conversation qui fait que le plat est froid quand je le sers.

Mais comment font-elles , bon sang ?

A mon avis, elles organisent des genres de répétitions générales pendant toute la semaine qui précède le dîner. Ça leur permet de minuter à la seconde près le temps de cuisson de chaque chose, et de prévoir le déroulement de la soirée en conséquence.

Par exemple, elles testent diverses options pour l’apéro : selon la dose de cacahuètes et de tomates cerise disponibles, elles calculent le taux de « défraîchissement » des concombres dans leur vinaigrette, ou le ternissement de la couleur des crevettes. Je suis sûre qu’elles ont des tableaux excel hyper complexes pour savoir le nombre exact de Chipster à servir pour chaque type d’entrée.

Et après pour la cuisson du plat, c’est probablement encore plus vicieux : les autres membres de la famille ont des consignes très strictes. Ça doit donner des moments comme ça :

« Bon, on a mangé les 4/5 des biscuits apéro en causant en 9m22’. Ce qui signifie qu’il reste encore 3m42’ avant que le rosbeef soit cuit et les pommes dauphines à point. Robert, quand je me gratte l’aisselle droite, tu lances la conversation sur la météo, ça nous emmènera pile au temps nécessaire »

ou encore :

« Kimberley, tu renverses ton verre à H+ 31m47’ pour que je puisse avoir une excuse pour me rendre à la cuisine et sortir le fromage. Il ne sera pas ni trop froid, ni trop chaud comme ça »

ou même :

« Kévin, tu demandes à sortir de table à 21h14 précises, je refuse, tu renâcles, ton père se fâche, tu quittes la table quand même. Je vais te rechercher après 1m54’ pour te laisser le temps d’appuyer sur le bouton de la cafetière et de vérifier que l’eau commence bien à couler »

Quand on sait ça, on ne voit plus ses amis du même œil, pas vrai ?

Jamais on ne pourrait imaginer qu’ils soient aussi hypocrites avec leur faux naturel et leur côté « oh, mais moi j’ai l’habitude que mes dîners soient parfaits »

Bandes d’enfoirés !

Vous ne me croyez pas ? Alors comment expliquez-vous que jamais on n’entend un des membres de la famille s’extasier sur la qualité du repas ?

Je vais vous le dire moi : ça les gonfle, parce que ça fait une semaine qu’ils bouffent la même chose ! 

Par charlie - Publié dans : bizarre
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