Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /Déc /2009 12:35

Samedi, telle une amazone intrépide, j’ai décidé de profiter de l’absence de mes enfants pour aller faire mes achats de Noël, que quelques démêlés inattendus avec les impôts m’avaient forcée à repousser. En règle générale, je m’arrange pour en faire le maximum tranquillement en novembre. Mais cette année, il a bien fallu me résoudre à aller affronter la foule moins de 2 semaines avant Noël, et qui plus est un samedi après-midi.

Il faut comparer une telle expédition à  une bataille importante pendant une guerre. Je recommande donc vivement de lire ou de relire « L’art de la guerre » de Sun Zi avant de se lancer. La préparation est capitale : prévoir une bouteille d’eau et une pomme, des vêtements pratiques et des talons plats, un manteau pas trop lourd qu’on peut enlever et porter sur le bras pendant les longues attentes en caisse, des sacs de courses qui sont sans doute moches mais très pratiques pour trimballer ses achats… Le ridicule ne tue pas, et une douleur cervicale peut obliger à se rendre.

Tout d’abord, lister très précisément les articles recherchés, et le lieu le plus probable pour les trouver. J’étais certaine de pouvoir trouver plusieurs articles à la Fnac. Mais la Fnac se trouve en plein centre-ville, ce qui signifie de grandes difficultés pour se garer (sur une place payante), une cohue inimaginable et des heures de queue. En bon général, je sais que le lieu de la bataille est d’une importance décisive sur l’issue, et que mes troupes (c’est à dire moi, je et charlie) n’étaient pas suffisamment en forme pour remporter une victoire sur ce terrain.

J’ai donc décidé de me rabattre sur Darty, qui a ceci de commode que le magasin se trouve dans un centre commercial pourvu d’un immense parking gratuit, et contenant également un Décathlon, où je devais aller après.

Me voilà partie.

Arrivée sur le parking, j’ai pris ma 1ère décision stratégique : j’avais le choix entre aller directement tout au bout du parking, loin des magasins, et avoir une bonne chance de trouver tout de suite une place. Ou essayer de m’approcher le plus possible de l’entrée. Le cantonnement d’une armée ne doit pas être trop proche du champ de bataille, ça me semble évident. J’ai donc opté pour le bout du parking, et j’ai trouvé une place dans la seconde.

Il me fallait traverser tout le parking pour arriver chez Décathlon. Un parking de centre commercial à cette période de l’année, c’est un champ de mines, mais de mines mouvantes. La seule et unique obsession des voitures qui arrivent c’est de trouver une place. Et plus on s’approche des magasins, plus cette obsession grandit, et moins les conducteurs font attention à l’infanterie qui lutte pour atteindre les portes sans se faire écrabouiller, et dans un vent glacial et de la neige fondue qui tombe. Et les voitures qui repartent ne pensent qu’à sortir au plus vite, sans s’intéresser aux piétons. Il m’a fallu presque 5 minutes pour traverser le champ de mines, tous les sens aux aguets, à éviter le connard qui recule sans regarder dans le rétro, la tarée qui veut avancer coûte que coûte, la mémé qui a oublié comment on actionne les essuie-glaces et qui ne voit rien, le motard bien décidé à me rouler sur les pieds…

Une fois dans le magasin, je pensais que la bataille allait commencer, féroce. Mais non. Quelques molles escarmouches tout au plus. Un gentil vendeur m’a pilotée et conseillée. Pas de queue aux caisses. Parfait. J’ai juste bien pris garde de ne pas oublier de mettre mon ipod sur les oreilles, pour rester sourde à la propagande ennemie, destinée à détourner les troupes de l’esprit de Noël : « tiens, prends-lui ça. » « Ca va pas ? Ca vaut 40 €, je ne vais pas mettre 40€ pour cette poufiasse de Martine ! »

Ragaillardie par cet engagement idéal, je me suis dirigée vers Darty.

Mais aucune bataille n’est gagnée avant d’être finie, je l’ai vite réalisé. Très vite, j’ai déniché les articles que je voulais, et une vendeuse m’a proposé d’aller à un poste de travail pour régler, recevoir ma garantie, afin d’éviter la queue aux caisses. J’avoue que c’était tentant, car, quelle que soit la caisse que je choisis, c’est toujours celle où il va y avoir un problème.

De nos jours, la guerre n’est plus seulement affaire d’hommes et de femmes, elle est aussi affaire de machines et de technologie. Et la technologie est aussi faillible que le simple soldat. L’ordinateur a buggué après mon paiement, et a obstinément refusé d’éditer le bon de garantie (et chez Darty, ce fameux bon sert aussi de preuve de paiement pour aller retirer l’article). Après diverses manipulations désespérées de la vendeuse, et une bonne grosse dizaine de minutes, et après que je me sois rendu compte que son badge indiquait « stagiaire » argggggghhhhhhhhhhhh, il a fallu se rendre à l’évidence. L’intervention d’une force supérieure s’imposait et il a fallu appeler, puis attendre la chef. Qui n’a rien pu faire non plus. Je me suis donc retrouvée à faire la queue en caisse avec ma stagiaire pour expliquer le problème et que la caissière fasse des recherches sur l’ordinateur principal et puisse enfin imprimer mon sauf-conduit. Celui-ci allant me permettre de continuer la bataille. Ouf !

Direction Toys’R’us, à quelques centaines de mètres. Suffisamment loin pour que les quelques flocons qui tombaient et le jour qui s’amenuisait justifient d’y aller en voiture.

Gros embouteillage en arrivant au magasin, avec des voitures ennemies qui patrouillaient devant, à guetter une place. Alors qu’il y a encore une bonne centaine de places derrière, pratiquement toutes vides à mon arrivée. N’en revenant pas de tant de chance, j’ai décidé d’oublier la malchance de chez Darty et de m’attaquer avec confiance à la suite du conflit. Comme je savais exactement ce que je voulais, et que j’avais une idée assez nette de l’emplacement des articles dans le magasin, j’ai fait mes emplettes assez rapidement. Passage en caisse, et direction la voiture. Je ne suis pas passée par la case emballage des cadeaux, parce qu’une queue impressionnante m’en a dissuadée. Il faut savoir accepter les petites défaites pour mieux remporter les grandes batailles.

Face à Toys’R’Us, il y a d’autres magasins dans lesquels je voulais faire quelques emplettes supplémentaires. Je suis allée déposer mes achats dans la voiture. Oh là ! Mauvaise idée ! J’avais à peine entré la clé dans la serrure que 3 dingues se sont rués vers moi au volant de leurs véhicules respectifs, comptant bien prendre la place (les autres places s’étaient remplies comme par magie). Obligeante, je leur ai fait signe que « non, je ne pars pas ». Deux guerriers ont accepté ce revers de bonne grâce et ont passé leur chemin. Le 3e a baissé sa vitre et m’a lancé au passage « connasse ». Ok, vive la politesse !

N’empêche que j’avais gagné sur tous les fronts : j’avais exactement ce que je voulais, je n’avais pas perdu trop de temps, et mes troupes étaient intactes, sans aucune perte à déplorer. Bataille gagnée !

Comme on récompense toujours un général victorieux, je me suis offert un petit haut Esprit en guise de médaille.

Et exactement 1h42 après être partie, j’étais de retour chez moi, auréolée de mon triomphe intégral.

Par charlie - Publié dans : vie quotidienne
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