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MAUVAISE HUMEUR
et si ça ne vous plait pas, tant mieux !
Pour continuer dans l’idée des complots…
Vous vous souvenez sans doute de « The Truman Show », ce film épatant où un gars très banal s’aperçoit que sa vie n’est en fait qu’une supercherie et qu’il est à son insu la star d’une émission de télé depuis sa naissance.
J’ai eu une révélation aujourd’hui : nous z’autres instits de maternelle participons en fait sans le savoir à un jeu télévisé : « School-lanta ».
Pas la peine de commencer à gémir « elle est vraiment à l’ouest, cette Charlie ! ». Si vous vous donnez la peine d’y réfléchir un instant, vous verrez que tout y est !
1/ Un environnement hostile :
Combien de fois dans votre vie vous êtes vous retrouvés, plusieurs heures d’affilée, seuls avec un grand groupe d’enfants de moins de 6 ans ? C’est quand même assez rare. Rien n’est normal : le mobilier est tout petit, le bruit est assourdissant, ça grouille, ça pullule, ça vous frôle, ça vous touche, etc… Aucun des codes auxquels vous êtes habitués ne s’applique.
2/ Début de l’aventure :
Les instits sont jetés dans la fosse aux lions sans aucune réelle idée de ce qui les attend. Ils n’ont pour seul bagage que leur corps et leur voix. Il s’agit rapidement de se construire un abri pour se protéger des conditions extérieures : la salle des maîtres, endroit sacro-saint où les parents d’élèves et les élèves ne mettent jamais les pieds, et qui contient tous les ingrédients nécessaires à la survie sur le long terme (bouilloire, cafetière, photocopieuse, tableau d’informations et de corvées…).
Dans les premiers temps, l’instit débutant pense naïvement qu’il pourra se sustenter des vivres fournies par la production (la cantoche), mais se rend rapidement compte qu’entre la qualité médiocre de la nourriture et le bruit, c’est une très mauvaise idée.
Il cherche alors à faire en sorte de se procurer le moyen de subvenir à ses propres besoins.
3/ L’épreuve de confort :
C’est vite lassant de ne manger que des sandwiches ou des repas froids. L’hiver arrivant, ça compromet même la santé. L’instit affamé tente de convaincre son équipe d’investir dans un four à micro-ondes pour permettre à tous de manger des repas chauds. Commence alors une épreuve difficile consistant à débusquer un micro-ondes à petit prix, les subsides versés par la production étant trop maigres pour s’offrir du matériel de qualité. Ça peut être long et douloureux, mais quel bonheur quand enfin le four est là !
4/ Le passage du temps :
A School-Lanta, le découpage du temps est complètement différent. On ne parle pas en semaines ou en mois, mais en temps qui reste avant la prochaine longue sortie du camp (ces sorties, durement gagnées, s’appellent vacances). Le temps est rythmé par les maladies : gastro en octobre, rhino en novembre, gastro en décembre, varicelle en janvier, grippe en février, angine en mars, avril mai et juin étant plus calmes. Cet état de fait peut donner lieu à d’étranges discussions qui peuvent paraître ésotériques aux gens de l’extérieur, et qui nécessitent souvent un sous-titrage :
« j’en ai renvoyé 5, gastro, 4 haut et 1 bas. »
« ah ouais, quand même ! Heureusement, J-14, dont 8 pour nous »
Traduction : « j’ai fait venir les parents de 5 élèves ayant attrapé la gastro, 4 ont vomi et un avait la diarrhée »
« ah ouais, quand même ! Heureusement, dans 2 semaines exactement, ce sont les vacances, il ne reste que 8 jours de présence à l’école ».
Il faut dire qu’à School-Lanta, le temps passé en équipe est tellement limité qu’il faut vite apprendre à le rentabiliser et l’optimiser en utilisant toutes les ruses possibles pour caser un maximum d’infos en un minimum de mots.
5/ L’épreuve d’immunité :
C’est une sombre affaire où il s’agit de cumuler un maximum de points pour pouvoir rester à sa place, sans être envoyé l’année d’après dans un environnement encore plus hostile. Généralement, l’instit qui remporte l’épreuve d’immunité reste en place de longues années, voire pour toujours, même si son île ne lui plait pas trop, de peur de se retrouver dans un endroit bien pire. Quand il perd à l’épreuve d’immunité, il se retrouve obligé de participer à un mouvement qui va l’envoyer dans un nouveau lieu. On lui demande de formuler des vœux, mais il est rarissime qu’il obtienne ce qu’il avait demandé.
6/ Les indigènes :
Contrairement à la version télévisée, l’instit de School-Lanta n’a que d’épisodiques rencontres avec les membres de son équipe. Il passe le plus clair de son temps avec les enfants, habitants de droit de l’île. Ceux-ci sont des créatures étranges, on pourrait dire à double tranchant, qui donnent beaucoup d’affection pour mieux vomir sur les pieds (ou faire pipi sur ses genoux, ou se moucher dans le pull, ou éternuer en pleine figure, ou mettre de la peinture partout…) du candidat. Leur imagination ne connait pas de limites quand il s’agit de trouver des idées pour transformer sa vie en enfer nerveux où chaque seconde peut le voir tomber dans un piège terrible.
Heureusement, ils savent aussi déclencher des fous rires bienvenus qui permettent aux candidats de tenir le coup.
7/ Les épreuves pas ragoûtantes du tout :
Les instits ont de la chance, il n’y a pas d’épreuve de gobage de scarabées dans School-Lanta. Mais cela ne signifie pas pour autant que certaines épreuves ne sont pas tout aussi répugnantes. Dans le désordre :
Bisous à la morve
Eternuements en pleine figure, accompagnés de leurs projections de mucus bien gras
Diverses matières naturelles qui atterrissent un peu partout sur le corps du candidat, plus ou moins digérées, plus ou moins macérées
Coups, griffures, morsures, coups de pieds… qu’il faut supporter stoïquement, en réfrénant l’instinct primaire de la baffe en retour
Regarder de bien près une blessure hémorragique pour décider si des sutures seront nécessaires ou pas
8/ L’épreuve de force :
De temps à autre, de nouveaux indigènes font leur apparition et viennent mettre la zizanie dans le petit monde que l’instit équilibre tant bien que mal : les parents. Ce sont des éléments vicieux et imprévisibles qui peuvent aussi bien retourner une claque à l’instit parce qu’il n’est pas capable de garder la trace de 25 paires de gants tout au long d’une matinée, que foutre un coup de pied au cul à un indigène qui a eu le malheur de piquer la barrette Dora l’exploratrice d’un autre indigène. Les pauvres candidats de School-Lanta étant tenus, envers et contre tout, de rendre les indigènes en parfait état à la fin de chaque journée, ils ont fort à faire pour garder un semblant d’harmonie avec ce petit monde.
9/ Le parcours du combattant :
Une à plusieurs fois par an, les pauvres candidats sont obligés d’emmener leurs indigènes en sortie dans un autre lieu. Ces sorties ont généralement lieu en fin d’année, ce qui n’est pas le calcul le plus intelligent en fait, vu que l’instit est alors dans un état de délabrement mental et physique qui émousse ses réflexes et amplifie la difficulté de l’épreuve. Il doit, le temps d’une journée, balader ses indigènes au musée, à la ferme, au zoo, ou tout autre lieu du même genre. La condition est que ce soit un lieu assez grand pour risquer d’en perdre, assez fréquenté pour augmenter la peur de tomber sur un taré tripoteur d’enfants et assez dangereux pour que des blessures ou fractures soient facilement envisageables. Le seul vrai avantage de cette épreuve est que le temps d’une journée les parents triés sur le volet qui accompagnent deviennent les alliés des candidats. La plupart du temps, ces quelques heures passées ensemble tissent des liens indéfectibles faits d’admiration mâtinée de respect.
NB : certains petits malins s’arrangent pour passer cette épreuve en octobre, au début du jeu. Dans ce cas, elle fusionne avec l’épreuve de la boue.
10/ Le conseil :
A intervalles réguliers la production dépêche un de ses envoyés espionner les candidats, et décide alors de la suite à donner, avec attribution de points supplémentaires qui entraîneront une augmentation du salaire. Il est assez rare qu’un candidat soit exclu, au grand dam de ceux qui doivent travailler avec lui ou elle, certains candidats étant franchement inaptes à jouer, ou dangereux pour les indigènes.
11/ La finale :
En fin de partie, les candidats doivent se livrer à une course d’orientation dans les locaux de l’inspection académique, pour trouver le bon bureau où faire valider leur dossier de retraite. Une fois le bureau trouvé, ils ne sont pas au bout de leurs peines, car encore faut-il qu’ils arrivent à venir au bureau un jour où la bonne personne s’y trouve.
Tous les candidats qui arrivent jusqu’à cette étape dans un état physique et mental acceptable sont considérés comme gagnants, compte tenu de la difficulté du jeu.
12/ Gains des gagnants :
Aucun autre gain que le salaire pendant le jeu, et environ 85% de ce salaire ensuite. Aucune prime pendant le jeu, ni après. Aucun à-côté en tickets-restaurant, C.E ou colis de Noël. Aucun défraiement pour se payer son matériel. Bref, l’instit de maternelle ne participe à School-Lanta que par passion !
Merci à Wikipedia pour sa page très complète sur Koh-Lanta (je n’ai jamais regardé l’émission)
Merci surtout à Jack KOCH, à qui j’ai honteusement volé son idée de « School-Lanta » (mais avec son accord), et qui commet très régulièrement des petits bijoux hilarants sur l’école en général et la maternelle en particulier, sur www.dangerecole.blogspot.com
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