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MAUVAISE HUMEUR
et si ça ne vous plait pas, tant mieux !
Essayez un peu de replonger au plus profond de votre enfance, et de trouver les mots que votre maman prononçait le plus souvent. Je t’aime ? Bonne nuit ? Finis de manger ?
Non. Ce que toutes les mamans dignes de ce nom disent le plus souvent c’est « Qu’est-ce qu’on dit ? »
Parce que le comportement social d’un enfant est le reflet fidèle de l’éducation qu’il a reçue, et qu’on va juger s’il a une bonne mère en fonction de ça.
On nous a tous assené des millions de fois cette même petite phrase (assortie ou non d’une taloche selon les familles).
Franchement, quand on est petit, qu’on vit à moitié dans un monde imaginaire, c’est parfois difficile à suivre ! On suit docilement ses parents, on va là où ils nous disent d’aller. Mais la vie est semée de chausse-trappes, qu’il faut éviter. Nous étions tous de mini Lara Croft, occupés à décrypter au quart de tour une situation pour pouvoir s’en sortir vivants.
Entrée dans un magasin, qu’est-ce qu’on dit ?, bonjour madame.
La boulangère nous tend un bonbon, qu’est-ce qu’on dit ?, merci madame.
Sortie du magasin, qu’est-ce qu’on dit ?, au revoir madame.
A table chez mamy un grand coup de soif, qu’est-ce qu’on dit ?, s’il te plait mamy.
Le verre d’eau est servi, qu’est-ce qu’on dit ?, merci mamy.
De temps en temps, le qu’est-ce qu’on dit ? ne nous évoquait rien, impossible de comprendre ce que les adultes attendaient de nous comme réponse. Et ça finissait avec maman qui levait les yeux au ciel en soupirant « ah, les gosses… »
Le pire, c’est qu’on reproduit la même chose avec nos propres enfants. Ils grandissent aussi avec le qu’est-ce qu’on dit ?
Mais comme ils ont les codes, que nous leur avons donnés, ils s’en sortent pas trop mal.
En tant qu’instit, je tombe régulièrement sur des gamins de 3 ans à qui on n’a pas donné les codes, et qui n’ont aucune espèce d’idée de ce que je peux bien leur vouloir. Comme ils ne sont pas sots pour autant, et qu’ils veulent me faire plaisir, ils trouvent toujours un truc à dire.
- à la cantine, un petit me lance « du pain ! », du ton péremptoire de celui qui n’a pas l’habitude qu’on le fasse attendre. Qu’est-ce qu’on dit ? « beaucoup ! J’ai faim ! »
- on fête un anniversaire, il y a distribution de bonbons, un petit ne me dit pas merci quand je lui en donne un. Qu’est-ce qu’on dit ? « encore ? » me répond-il la voix pleine d’espoir.
- Je refais les lacets d’une petite dans la cour. Qu’est-ce qu’on dit ? Elle ne dit rien, ne comprend pas ce que je veux. J’ajoute « et le mot magique ? ». elle hurle à pleins poumons « ABRACADABRA ! »
- Un petit jette une petite voiture à travers la classe, elle atterrit sur la pommette d’une gamine qui se met à pleurer. Je le sermonne, l’amène devant la petite. Qu’est-ce qu’on dit ? « tu vas avoir un bleu, tu seras moche »
- Un petit lâche un pet sonore dans la classe. Qu’est-ce qu’on dit ? Il se penche vers son postérieur « tais-toi mes fesses, la maîtresse raconte une histoire »
- Une gamine passe devant moi au portail un matin, l’air de rien. Qu’est-ce qu’on dit ? « pousse-toi maîtresse, tu me gênes »
- Un petit rote très fort, faisant rire tout le monde. Qu’est-ce qu’on dit ? « ça fait du bien »
Et puis il y a Rayan, chez qui les codes étaient déjà très très ancrés, même à 3 ans. Nous avions fait une galette des Rois. Arrive le moment de la dégustation. Je distribue les parts en expliquant que ce n’est pas bien de gâcher la nourriture, et que si on prend une part, on doit la manger. Les enfants commencent à manger, et se plaignent très vite que la galette n’est pas bonne. Etonnée, je la goûte. POUAH !
Nous avions pris la boîte qui contenait le sel au lieu de celle qui contenait le sucre. Imaginez une galette avec 180 grammes de sel…
Je commence à ramasser les parts de galette, en expliquant qu’on en refera une le lendemain. J’arrive devant mon pauvre Rayan, tout au bout de la classe. Il est écarlate, pleure toutes les larmes de son corps, et a des haut-le-cœur contre lesquels il lutte péniblement. Je lui demande ce qu’il a. Entre 2 sanglots, la bouche pleine, il me dit « tu as dit il faut finir, alors je finis ».
Il avait presque avalé la part entière. Et il n’y avait même pas la fève dedans.
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