Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 19:12

Une dernière histoire de queue pour clore la trilogie phallique !

Il y a quelque temps, je m’étais rendue en centre-ville pendant mon heure de déjeuner pour faire quelques emplettes : un fromage pour un ami (que j’ai d’ailleurs oublié de lui amener, me pardonnera-t-il jamais ?) et un petit cadeau pour la crémaillère d’une copine (Maaaaaaaaaaaaagali ! faut qu’on se voie !).

J’aime bien faire des cadeaux, et je mets toujours beaucoup de temps à me décider, car je veux que le cadeau plaise à son récipiendaire, et qu’il lui corresponde bien.

Me voilà donc à la caisse de Maisons du Monde, à rêvasser en attendant mon tour. J’espérais que ça irait vite, car j’avais calculé que j’allais être juste juste pour reprendre le tram et être à l’heure au boulot.

Au moment exact où la caissière me dit avec son plus beau sourire « Madame, bonjour… », une espèce de tornade blonde me bouscule, pose un panier devant la caisse, et me lance « Ca ne vous dérange pas que je vous passe devant, je suis pressée ». notez que je n’ai pas mis de point d’interrogation, il n’y en avait pas. La Walkyrie ne posait pas une question, elle affirmait, sûre d’elle. En règle générale, je suis plutôt une fille sympa, mais là, hein…

Si elle avait eu UN article et qu’elle me l’aie demandé AVEC le point d’interrogation, peut-être que je me serais laissée faire. Mais elle me passe devant comme une sauvage, avec un panier rempli de verres, une bonne douzaine au bas mot. Alors non, désolée, mais non.

Je repousse son panier fermement et je réponds « Si, ça me dérange, et moi aussi je suis pressée, donc vous attendez votre tour ».

Je pense qu’à ce moment-là, j’étais prête à entendre toutes les réponses imaginables, à l’exception d’une seule : celle qu’elle m’a faite.

« Mais vous savez qui je suis ? »

Euh, non. Mon cerveau mouline désespérément pour essayer de faire correspondre le visage de l’armoire à glace devant moi et un quelconque vague souvenir.

Une nageuse de l’ex-Allemagne de l’Est ? Non, pas l’accent.

Une reine du Sumo ? Non, pas assez typée.

Une ancienne top-model ayant abusé des repas chez Mac Do ? Aucun tilt ne se fait.

Une célébrité locale, championne du crachat de noyaux de prunes en eaux troubles ? Je ne lis pas la presse régionale.

Devant mon silence persistant, elle s’indigne.

« Mais enfin, je suis passée à Koh-Lanta !!!!! »

Alors là, ma poulette (si tant est qu’on puisse qualifier de « poulette » un machin de 1m80 pour environ 110 kilos), avec moi tu es mal barrée ! Je dois regarder la télé environ 3 fois par an, et quand je l’allume, ce n’est certainement pas pour regarder ce genre d’émissions !

Et quand bien même d’ailleurs !

Depuis quand le fait de passer à la télévision donne le droit de se conduire comme des pignoufs ? Le moindre pékin qui a fait le pingouin quelques minutes devant une caméra deviendrait brusquement un citoyen à part, à qui des droits sacrés seraient soudain conférés ?

Je peux à la rigueur comprendre que des super vedettes obtiennent quelques passe-droits pour limiter à la fois les risques d’émeute (imaginez Jude Law à la caisse d’Auchan avec un paquet de PQ et 2 boîtes de thon…) et préserver un minimum leur vie privée. Mais dans la limite du raisonnable. Si Guillaume Canet avait été à la place de la virago, je lui aurais fait mon plus beau sourire, mais je l’aurais viré tout pareil. Parce que d’une, je n’avais pas envie d’être en retard, et de deux, il a bien le temps d’attendre un peu que je paye mon unique article.

« Vu à la télé », c’est le nouveau sacrement. On voit ça partout sur les étiquettes, comme si c’était un gage de qualité, une norme rassurante.

Pourquoi dans ce cas ne pas se faire tatouer « Je suis passé(e) à la télé » tant qu’on y est !

Moi j’ai présenté une fois la météo à la télé locale, PAF ! je ne fais plus la queue à la poste. J’ai été interviewée 2 fois par France 3 régions, ZOU ! mon boulanger me livre à domicile les croissants dominicaux.

Je suis passée 3 fois dans le journal local, BAM ! je peux me permettre d’envoyer chier les serveuses dans les restos.

Vivement que je passe sur TF1, ça sera la consécration !

N’importe quoi, cette fichue lucarne n’en finit pas de nous transformer en abrutis décérébrés.

J’ai donc payé mon cadeau à une caissière prête à exploser tant elle se retenait de rire, et je suis partie, laissant derrière moi la mégère qui n’a sans doute jamais compris que sa « célébrité » ne lui vaille pas plus d’égards. Et j’étais à l’heure au travail.

Par charlie - Publié dans : mésaventures
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