Partager l'article ! Il faut cultiver son jardin: Le printemps s’annonce, tranquillement. Des bourgeons qui sortent, des oiseaux qui chantent, des journées ensolei ...
MAUVAISE HUMEUR
et si ça ne vous plait pas, tant mieux !
Le printemps s’annonce, tranquillement. Des bourgeons qui sortent, des oiseaux qui chantent, des journées ensoleillées… on supporte encore largement une petite laine, mais on le sent bien, il arrive.
Et avec lui, ce phénomène étonnant, exclusivement printanier : la réapparition inattendue des ex.
Oui, l’ex n’est pas une plante annuelle, mais, à l’instar de la jacinthe ou du crocus, un bulbe de printemps.
Il a passé l’hiver bien au chaud, enfoui dans ses certitudes, et pointe le bout de son nez aux premiers jours de mars. Il sent la sève qui monte, et cherche désespérément où il pourrait bien planter son poireau.
L’homme étant par essence calculateur, feignant et avare, il se dit qu’à défaut de trouver un nouveau lopin de terre accueillant qui va lui coûter cher en resto, ciné et bars, sans garantie de résultat, il peut tout aussi bien jeter son dévolu sur ce terreau certes déjà utilisé mais connu.
Certains vont faire défiler toutes les parcelles de terre de leur répertoire téléphonique jusqu’à en trouver une suffisamment conne
gentille pour les accueillir à nouveau, en attendant mieux (pour ce type-là, il serait bon que les ex, au lieu d’être ennemies jurées se concertent pour mieux déjouer ses pièges).
D’autres vont soudain se mettre à évoquer une ex précise, avec des trémolos dans la voix, en se disant que ce bon terreau riche et doux n’était pas si mal en fin de compte, et que ça vaut le coup de retourner le travailler à pleines mains.
Par contre, ils ne savent pas trop comment faire pour que la parcelle comprenne bien qu’il ne s’agit pas d’un bail de 99 ans, mais juste d’une plantation pour une saison. Ils savent bien que nous avons grandi avec le mantra « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », et flippent que nous mettions soudain des haies impénétrables autour du potager, et des cloches au-dessus d’eux, les empêchant ainsi de ressortir et d’aller fertiliser ailleurs.
Mais si on leur dit que le simple fait de venir bêcher un peu, de retourner les mottes pour aérer la terre et la rendre plus hospitalière pour de futures plantations est largement suffisant à notre sens, ils s’offusquent, se vexent. Ils se rêvaient princes charmants se débinant au bout de quelques semaines, laissant derrière eux une terre aride, désolée. Mais voilà qu’on leur signifie qu’on veut bien le poireau, mais pas le jardinier, et ils pleurnichent.
Ils seraient temps qu’ils réalisent que si Cendrillon nous a fait rêver enfant, leurs congénères nous ont bien vite remis les pieds dans la gadoue de la réalité. Nous savons toutes que le prince charmant existe, mais qu’il est forcément gay. Et donc, en bonnes jardinières du 21e siècle, nous savons séparer le bon grain de l’ivraie.
Dédicace à Camagnol
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