Lundi 16 août 2010 1 16 /08 /Août /2010 14:48

Un des commandements les plus importants de l’évangile selon moi-même est « ton prochain, tu ne blesseras point ».

Et j’essaye de m’y tenir, du mieux que je peux. Du moins consciemment. Parce qu’on est jamais à l’abri de blesser les autres sans s’en rendre compte.

Si ça se trouve, sans le savoir, j’ai des ennemis qui me haïssent cordialement, et qui plantent tous les jours des aiguilles dans des figurines à mon effigie (ce qui expliquerait ma poisse permanente, remarquez). Ou peut-être même que plusieurs contrats sont mis sur ma tête, et que les tueurs engagés attendent tranquillement leur heure.

C’est flippant quand on y pense, non ?

Si ça se trouve, un de ces quatre, on va me retrouver dans une ruelle sordide, avec 3 balles dans la tête. Et personne ne sera capable de comprendre pourquoi, tout le monde dira « oh ben non, on ne lui connaissait pas d’ennemis ». en fait, ça sera une fille dont j’aurai écrasé les orteils à la maternelle qui m’aura retrouvée et m’aura fait zigouiller.

Fidèles lecteurs, si ce jour arrive, je compte sur vous pour orienter l’enquête de police directement sur cette piste, maternelle Jean Lurçat à l’Ile-Saint-Denis. Il faut que justice soit faite !

Certains ont une bonne mémoire, qui défie tout entendement.

Heureusement, ce n’est pas toujours pour se rappeler de mauvais souvenirs.

Un jour, je suis allée passer 3 jours à Rouen, pour visiter.

Je suis partie d’Auvergne sous un soleil radieux et une chaleur plutôt sympathique (c’était en juillet). Une fois arrivée à Rouen m’attendait un temps accueillant comme seule la Normandie sait les concocter : pluie, vent, froid…

Comme j’étais légèrement vêtue (quelle nouille je fais parfois !), j’ai ponctué ma visite de la ville d’arrêts dans des bars pour ingurgiter diverses boissons chaudes.

Lors d’un de ces arrêts, le serveur me dévisageait avec insistance. Au bout d’un moment, il s’approche de ma table et me dit « excusez-moi, vous ne vous appelleriez pas Charlie ? »

Stupeur.

La discussion s’engage, et il s’avère que le gus était avec moi en camp d’ados en Hongrie, en 1986 ! Je ne mettais pas en doute sa parole qu’il y était, vu la profusion de détails qu’il donnait, et qui correspondaient pile-poil à la réalité.

Sauf que, hum, ben, faut bien avouer que je n’avais aucune idée de qui il pouvait être. Rien, le trou noir, le néant absolu. Le pauvre garçon a tout essayé, mais rien à faire. Autant je me souviens distinctement de tous ceux dont nous avons parlé, revoyant leurs visages, autant lui était effacé de ma mémoire. J’ai pourtant fait beaucoup d’efforts, parce que ce petit gars se souvenait tellement bien de moi après presque 25 ans, qu’il méritait que je lui rende la pareille.

Et j’ai bien vu dans le fond de sa pupille qu’il était meurtri, qu’il n’était pas dupe de mes tentatives pour cacher le fait qu’il n’existait pas pour moi.

Et encore, cette fois-là, je pouvais m’auto-pardonner en partant du principe qu’il avait sans doute tellement changé que je n’avais aucune chance de le reconnaître.

La semaine dernière, j’ai réussi à faire pire.

J’entre dans un magasin, et j’entends soudain une voix limite hystérique qui me hèle « Charlie, Charlie, comment tu vas ? »

Et là, dans le fond du magasin, je vois une petite brune qui agite la main dans ma direction en souriant de toutes ses dents.

Putain, mais c’est qui cette nana ?????

Et elle me passe un bras sous le mien et m’entraîne vers une terrasse en face du magasin, sans cesser de papoter.

Les pensées les plus folles me traversent l’esprit.

Et si elle avait fait dernièrement de lourdes opérations de chirurgie esthétique l’ayant rendue méconnaissable et qu’elle ait oublié que je ne connais pas son nouveau visage ?

Et si c’était une émission à la con genre caméra cachée ? Je vais voir apparaître Benjamin Castaldi avec son rictus inquiétant plaqué sur la tronche, et il va me sortir « eh oui, ma petite Charlie, tu viens de te faire piéger pour l’émission « caméras à la con ». comme tu ne l’as pas deviné à temps, tu viens de perdre l’occasion de gagner 50 000€. Par contre, tu viens de gagner le droit de passer pour une conne devant des millions de français ».

Franchement, je lui pète le nez, au Benjamin, non ?

Ou alors, je suis devenue folle, mon esprit a lâché et je dérive dans un monde parallèle.

J’imagine que mon désarroi se lit de plus en plus clairement sur mon visage, car la brune arrête sa logorrhée (ce qui n’est pas plus mal), me fixe en silence pendant quelques secondes et m’assène le coup de grâce : « tu n’as aucune idée de qui je suis, pas vrai ? »

J’aime pas blesser les gens, mais si je proteste que « si si, je sais » et qu’elle m’interroge, non seulement elle sera blessée, mais en plus je serai prise en flagrant délit de mensonge.

Mais pourquoi je ne peux jamais éviter de me retrouver dans des situations à la noix comme ça ? Hein ? Pourquoi ?

Je réponds donc « non, je ne sais pas » d’une toute petite voix.

Elle se lève, et se barre en lançant « ça fait plaisir ! », et me laisse l’addition et son demi à moitié plein (que je ne boirai pas en plus, vu que je déteste la bière).

Ce qui signifie que depuis quelques jours, un tueur supplémentaire rôde autour de moi.

Et merde…. 

Par charlie - Publié dans : mésaventures
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