Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 13:42

A quelques centaines de mètres de chez moi se trouve un petit immeuble d’habitation, dans lequel plusieurs appartements sont réservés à des attardés mentaux suffisamment autonomes pour pouvoir vivre en dehors de structures hospitalières fermées. Ils vivent à 2 ou 3 par appartement, et sont visités au quotidien par des éducateurs qui vérifient que tout se passe bien. Moins onéreuse pour la société, et plus « humaine », cette solution semble idéale.

Un peu plus bas dans la rue, il y a une maison de retraite, privée, d’apparence guillerette, toute pimpante, au personnel sympathique (j’ai discuté à plusieurs reprises avec en passant, pendant qu’elles fument leur clope).

Dans les 2 cas, on pourrait penser qu’il s’agit de choses très positives. Mais, la crise est passée par là, ainsi que la politique budgétaire du gouvernement en place.

Dans le premier cas, je n’ai pas l’impression que les éducateurs passent aussi souvent qu’avant (je me demande même s’ils ne viennent pas qu’une fois par semaine). Les « pensionnaires » sont livrés à eux-mêmes, et passent leurs journées à errer dans les rues, mendiant des cigarettes aux passants. La seule femme du lot interpelle les automobilistes au feu rouge du boulevard pour avoir ses clopes, traversant n’importe comment, risquant d’être renversée à tout moment. Régulièrement, elle se fait dessus et reste des heures mouillée.

A la maison de retraite, les compressions de personnel font qu’ils n’ont pas humainement le temps de s’occuper correctement de tous, et, plus grave, ne remarquent pas les absences avant plusieurs heures. C’est ainsi que j’ai récupéré une mamie complètement désorientée, en chemise de nuit alors qu’il gelait, assise devant chez moi. De toute évidence, elle était là depuis un bon moment. Il s’est avéré que personne ne s’était rendu compte qu’elle était partie.

Je m’interroge sur le droit d’exister d’une société qui prend aussi peu soin de ses éléments les plus fragiles, qui leur retire toute dignité, et qui fait passer la logique de l’argent avant la compassion.

Et j’ai honte de faire partie de cette société-là.

Par charlie - Publié dans : vie quotidienne
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