Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 11:29


Je ne suis pas une pleureuse, je ne l’ai jamais vraiment été. J’ai pris conscience très tôt que les larmes n’ont de valeur thérapeutique que si elles sont accompagnées d’une personne qui vous tient par les épaules, vous passe un gant d’eau fraîche sur le visage, vous amène un mug d’Earl Grey bien chaud et bien sucré, et vous murmure des paroles sans queue ni tête.

Pleurer toute seule dans son coin ne fait que renforcer le sentiment d’être pathétique.

Je ne pleure pas aux enterrements, je ne pleure pas aux mauvaises nouvelles, je ne pleure pas quand j’ai mal… Au cinéma, quand les lumières se rallument et que tout le monde sort en gardant le visage vers le sol pour ne pas croiser le regard des autres et qu’on ne voie pas leurs yeux bouffis, je sors la tête haute. Les larmes montent parfois, mais ne sortent jamais.

Je suis une éponge qui absorbe, absorbe, absorbe. Et quand il y a trop-plein, il s’évacue doucement, discrètement. Quelqu’un m’a fait remarquer récemment qu’une éponge qui n’est jamais essorée finit par moisir. Passons l’aspect parfaitement répugnant de cette métaphore… J’ai vérifié chez mon médecin, je ne suis pas en train de pourrir, ouf ! Quelques heures dehors à regarder les nuages suffisent à évaporer suffisamment pour éviter que les moisissures s’installent.

Pleurer m’a toujours paru être une activité inutile, anti-constructive et contre-productive.

D’autant que si vous avez en face de vous quelqu’un qui pleure, la dernière chose sont cette personne a besoin, c’est que vous vous mettiez à pleurer aussi. Et si c’est vous qui pleurez, la plupart du temps, ce qui vous fait pleurer est inéluctable, et personne ne peut rien y changer.

Mais, de temps en temps, je me réveille le matin avec les yeux tout collés, et l’oreiller trempé. Ce qui tendrait à indiquer que je pleure dans mon sommeil. Et pourtant, moi qui me souviens plutôt bien de mes rêves, je n’ai aucun souvenir de ce que j’ai pu rêver ces jours-là.

Je pense qu’en fait, à l’intérieur de mon crâne, il y a toute une armée de petits Bob le bricoleur, dont la mission est de maintenir en état de marche la totalité de mon organisme. Même les morceaux qui ne servent jamais.

Un peu comme le principe de la sirène qu’on déclenche touts les premiers mercredis du mois à midi. On n’en a jamais vraiment l’utilité, mais il faut être certain qu’elle fonctionne bien, au cas où.

Je reconnais que ça ferait mauvais genre si un jour je mettais à chialer en public et que les larmes qui sortent soient marron trouble, comme l’eau qui sort d’un robinet inutilisé depuis des lustres.

Alors, 2 ou 3 fois par an, les petits Bob s’attroupent autour des 2 énormes vannes bien serrées de mes canaux lacrymaux, et les ouvrent en grand, pour tester la totalité de la plomberie. Ils peinent un peu au début, mais finissent par y arriver. Ils testent la qualité de la larme, évaluent sa salinité, vérifient qu’il n’y a pas de fuites le long du trajet, titillent les glandes pour s’assurer de leur réactivité. Une fois toutes les vérifications effectuées à leur satisfaction, ils referment et passent à autre chose.

Les gars, avant que la lubie vous prenne, je vous signale que mes sphincters sont en parfait état de marche, pas besoin de vérification nocturne (je me méfie avec ce gars-là)

bob-le-bricoleur.jpg


Par charlie - Publié dans : bizarre
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