Partager l'article ! Donne-moi ta main, et prends la mienne: Un petit billet de commande, pour une copine dont la fille entrera à la maternelle l’année prochaine, ...
MAUVAISE HUMEUR
et si ça ne vous plait pas, tant mieux !
Un petit billet de commande, pour une copine dont la fille entrera à la maternelle l’année prochaine, et qui flippe un peu. Elle aimerait bien savoir comment ça se passe, et comment s’y préparer.
Bienvenue dans le l’enfer de la petite section…
1/ La préparation :
- dans les semaines qui précèdent :
une erreur récurrente chez les parents c’est de seriner tout l’été à l’enfant chéri «tu verras, c’est chouette l’école, tu vas bien t’amuser, tu vas te faire plein de copains, et tu auras une gentille maîtresse ». Non, ce n’est pas chouette l’école ! C’est plein de gamins geignards dont l’occupation principale est d’essayer de piquer à l’enfant chéri le jouet qu’il a dans la main. Ça fait peur l’école, c’est un environnement hostile, une jungle aux règles bizarres qu’il faut du temps pour maîtriser. Et pour ce qui est de se faire des copains, ça prend au moins 2 trimestres avant que les gamins soient capables de renoncer à une petite part de leur fabuleux égocentrisme pour s’intéresser pour de vrai aux autres. En plus, la maîtresse n’est pas forcément gentille, ça peut même être une vraie sorcière. Ou pire, un homme ! Se trouver face à un type qui fait 1m80 le jour de la rentrée quand on s’attend à une petite bonne femme, ça n’est pas forcément évident à gérer quand on a 3 ans.
- la veille de la rentrée :
« tu es grand, pas vrai ? Tu ne vas pas pleurer, ça va aller ». ben voyons, à l’angoisse de se retrouver dans ce monde inconnu, de devoir se séparer de maman, ajoutons donc la culpabilité de ne pas être à la hauteur des espérances parentales si toutefois les larmes sortaient malgré tous les efforts de l’enfant chéri… Je voudrais bien vous y voir vous ! Imaginez un instant votre premier jour de boulot dans une nouvelle boîte : vous ne connaissez personne, toutes les autres personnes sont également nouvelles, vous n’avez aucune idée du job qui vous attend et de ce qu’on attend de vous. Vous ne chialeriez pas un peu, vous aussi ?
2/ D-Day :
Chaque enfant chéri est différent, et réagit à l’entrée à l’école selon sa personnalité propre. Malgré tout, quelques catégories se dessinent.
- les résignés :
même si leur chagrin est grand, et qu’ils n’ont pas du tout du tout envie d’être là, ils ont bien compris qu’ils n’ont pas le choix et qu’ils iront quoi qu’il advienne. Ceux-là lâchent leurs parents, entrent dans la classe sans rien dire et se laissent docilement installer par la maîtresse devant un jeu quelconque. Ils ne disent rien, seul leur regard triste indique la difficulté. Ceux-là, on les retrouve quelques minutes plus tard avec de grosses larmes qui coulent le long de leurs joues, sans un bruit, sans un gémissement.
- les révoltés :
Ils crient, pleurent, hurlent, griffent, mordent, pincent, tapent, se débattent, se jettent par terre… Tous les symptômes d’un être possédé par un démon féroce. Mais non, juste un enfant chéri qui manifeste bruyamment son désaccord. Selon les cas, il vaut mieux les laisser tranquilles dans leur coin en attendant que ça se passe, ou les prendre contre soi pour les câliner jusqu’à ce qu’ils se calment (et se ramasser quelques coups au passage comme cette petite qui m’a flanqué une bonne baffe sur le nez avant-hier, ou celle qui m’a presque arraché le lobe de l’oreille il y a quelques années).
- les angoissés :
Ils ont tellement peur qu’ils se mettent dans des états incroyables, à transpirer à grosses gouttes et à s’en rendre malade. Tout l’art de la maîtresse consiste à deviner le jet de vomi avant qu’il ne sorte pour s’en éloigner à temps. Les angoissés sont des auxiliaires précieux car leur flaque de vomi fascine les autres, qui en oublient de pleurer, et qui restent hypnotisés à regarder les reliefs du petit-déjeuner qui flottent ici et là. De plus, une fois cette angoisse expectorée de manière spectaculaire, l’enfant chéri angoissé se calme et va jouer comme si de rien n’était. Par contre, au moindre changement de lieu, l’angoisse revient, accompagnée de son nauséabond compagnon bilieux. Pour d’autres, ce n’est pas l’estomac qui trinque, mais les sphincters. Qui ont une joyeuse tendance à se relâcher sur les genoux de la maîtresse.
- les bavards :
Ils sont d’accord pour rester à l’école le temps voulu, acceptent volontiers de participer aux activités proposées et ne pleurent pas. Mais ils ne cessent de parler, de poser des questions, leur petite voix à la limite de l’hystérie en permanence. La maîtresse use des hectolitres de salive à répéter sans cesse : oui, maman va venir, oui, tu vas rentrer à la maison, oui, c’est bientôt l’heure. Malheur à l’instit qui ne répondrait pas ! Les larmes débarqueraient illico.
- les mutiques adeptes du « non » :
Ils ne pleurent jamais, ne font pas de comédie à leurs parents, mais refusent tout ce que la maîtresse leur propose. Ils ne veulent pas faire de dessin, de peinture, de gommettes, de jeux. Non, non, non, c’est le seul mot de vocabulaire qui sort de leur bouche. Ces enfants chéris opposants systématiques sont généralement ceux qui mettent le plus de temps à s’adapter à l’école. Ils écoutent tout, observent tout et enregistrent tout. Ils se tiennent généralement à l’écart des autres, mais ne perdent pas une miette de ce qui se passe. Ça peut prendre parfois jusqu’à plusieurs semaines (voire mois) avant de les apprivoiser. Mais un jour, comme ça, sans prévenir, ils se mettent à parler et à s’intégrer. Une collègue a eu une fois une petite refusant de parler et de faire quoi que ce soit. Elle se contentait d’être là. Au mois de mai, la maîtresse lui dit qu’elle souhaiterait entendre sa voix au moins une fois dans l’année, qu’elle prouve qu’elle sait parler. La gamine la regarde droit dans les yeux et lui dit « Pute ! ». CQFD
- les culpabilisateurs :
Eux, l’école ça les botte. Ils s’éclatent à longueur de journée, et adorent tout ce qu’on leur propose. Mais il ne faudrait quand même pas que leurs parents s’en rendent compte et qu’ils s’en sortent à si bon compte. Après tout, ils les abandonnent honteusement. Donc, au moment de la séparation, ils se comportent comme les révoltés. Et en rajoutent une bonne couche bien épaisse en recommençant le soir dès qu’ils voient leurs parents. Lesquels parents s’en vont le cœur lourd, en larmes souvent, et passent une journée de merde à l’idée de leur enfant chéri si malheureux. Alors qu’en réalité, leur môme retrouve le sourire sitôt la porte refermée. Allez leur faire croire ça, à ces pauvres parents ! Une année, j’en avais une qui me demandait « elle est partie ? » en parlant de sa mère. Et quand je répondais oui, elle allait jouer. Pendant ce temps, la mère se vidait les yeux dans les bras de la dame de service…
- les affectueux :
C’est certain, si maman a confié l’enfant chéri à cette dame, c’est que c’est forcément quelqu’un de formidable. Une deuxième maman. Dès les premières minutes, ces petiots-là transfèrent l’amour immense qu’ils ont pour leur maman sur leur maîtresse. Ils sont sans arrêt à vouloir être sur ses genoux, dans ses bras, à la câliner. Ils la regardent avec des grands yeux énamourés, n’ont qu’un but dans la vie : lui plaire. A tel point que parfois, les mamans sont jalouses, et détestent la maîtresse proportionnellement à l’amour que l’enfant chéri lui porte. C’est ainsi qu’au fil des ans j’ai eu droit à de grandes déclarations, à des demandes en mariage, et à une multitude de « je t’aime », « tu es belle, maîtresse ». Rien de tel pour l’ego, surtout les petits matins d’hiver, quand on a une sale gueule, qu’on est fatiguée, malade, et toute décoiffée par le vent glacial.
- les retardataires :
Le premier jour se passe bien, très bien, trop bien. Depuis le temps qu’on leur dit qu’ils vont aller à l’école, ils sont super curieux de voir ce que ça peut bien être. Alors, ils viennent, voient…et se demandent pourquoi ils devraient y retourner. C’est contre toute logique. Quand ils vont au manège, on leur dit qu’un tour c’est suffisant. Quand ils croquent un bonbon, on leur dit qu’un seul c’est suffisant. Quand ils regardent un DVD, on leur dit qu’un seul c’est suffisant. Alors pourquoi est-ce qu’un seul jour d’école ne serait pas suffisant ? Imparable ! Ils s’empressent donc de rejoindre une des catégories précédentes dès le deuxième jour. Hélas.
Et malgré tout ça, en règle générale, 15 jours après, on a une joyeuse troupe de p’tits bouts souriants, qui entament tranquillement le chemin qui les transformera peu à peu en élèves.
Rassurés ?
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