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MAUVAISE HUMEUR
et si ça ne vous plait pas, tant mieux !
Il y a un truc qui m’énerve souverainement, mais contre lequel je ne peux rien de rien de rien : je rougis.
Pas le léger rosissement discret de certaines, non, la vraie bonne grosse rougeur qu’on ne peut pas louper, couleur camion de pompiers.
C’était sûrement ravissant entre 14 et 17 ans, mais ça ne l’est plus depuis belle lurette !
Et je déteste ça.
Il y a des gentils qui me disent qu’avec ma peau blanche, mes frisettes, mes yeux verts et mes joues rouges, je ressemble tout à fait à une irlandaise.
Mouais.
Notez que je n’ai rien contre l’Irlande, au contraire. Un pays qui nous a donné Colin Farrell ne peut que susciter mon affection.
Mais je n’ai pas super super souvent l’occasion d’aller baguenauder dans les champs de trèfle en pull de grosse laine qui gratte.
D’autres, moins charitables, me comparent à une fermière normande. Vous voyez l’analogie ? La Mme Bidochon en fichu, penchée sur un seau de zinc, qui traie la vache en avalant de grandes lampées de cidre (brut, forcément)…
Le pire, c’est que pour l’instant j’ai encore la peau toute lisse, encore jeune. Je n’ose imaginer ce que ça donnera à 65 ans : la trogne de vieille alcoolo rougeasse.
Et un rien suffit : il fait chaud, il fait froid, je fais un effort (même un tout pitit pitit), je fais du sport… là où les gens normaux transpirent, moi je rougis.
Ca pue moins me direz-vous. Ok, mais quand mêêêêêêêêêême…
Si encore c’était cantonné aux réactions purement physiologiques, ça serait supportable. Mais la rougeur vient aussi à la moindre émotion : surprise, colère, joie, tristesse… tout est prétexte à ce que ma peau passe en ¼ de seconde de 37° à la température du soleil. Heureusement, mes joues n’expulsent pas de petites gouttes de magma brûlant !
Et pas question pour moi de songer ne serait-ce qu’un seul instant à mentir, parce que là, j’atteins les records de rougissationnement intense. Le poker en professionnelle, c’est mort pour moi.
Bien évidemment, on trouve toujours des petits rigolos pour insister là-dessus, ce qui fait que je n’ai aucune chance de retrouver une couleur normale tant qu’on est sur ce sujet.
Et c’est super pénible dans mes relations aux hommes.
C’est comme si à chaque fois que je parle avec l’un d’eux il y avait la coccinelle de Gotlieb qui passait sous mon visage en tenant une petite pancarte : là elle est émue par ton compliment ; là, elle est mal à l’aise de l’allusion que tu viens de faire ; là, elle est toute chose parce que tu viens de la toucher…
Nan mais, c’est horrible ! J’aimerais bien au moins une fois dans ma vie garder mes émotions pour moi toute seule dans mon coin, mais c’est trop demander peut-être ?
Si je tenais l’illustre con qui procède au tirage de la loterie génétique, je lui ferais bouffer ses chromosomes un par un.
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