Mercredi 21 juillet 2010 3 21 /07 /Juil /2010 14:43

 

Je ne vous ai jamais parlé de mon rapport au temps. Le temps et moi sommes de vieux ennemis, depuis toujours en fait.

Déjà, gamine, je passais des heures le dimanche à installer soigneusement mes Barbie et leur petit monde dans ma chambre, pour m’entendre dire « allez, il est temps de ranger, demain il y a école ». Même pas le temps de jouer !

Le temps est sournois, et file entre vos doigts sans que l’on ait la plus petite chance de le retenir.

J’ai toujours été allergique aux contraintes et carcans horaires. Comme pas mal de monde, me direz-vous. Et, bien sûr, j’ai un boulot aux horaires stricts et inamovibles.

Même pendant les vacances on n’échappe pas au temps, alors que ça devrait être le moment idéal pour l’oublier. Quand on est gosse on peut se permettre de ne pas penser au temps, et laisser les grandes personnes s’en occuper. Mais dès qu’on a atteint ce maudit âge adulte, pas moyen d’y échapper ! On est bien obligés d’y penser un minimum, ne serait-ce que pour pouvoir aller faire les courses pendant les heures d’ouverture des magasins ou savoir que c’est le lendemain qu’il est temps de plier bagage. Passer 15 jours sans se préoccuper de l’heure qu’il est peut rapidement vous amener à vous retrouver avec un frigo parfaitement vide et un estomac qui crie famine. Ou, si vous ne regardez pas le calendrier, vous faire jeter dehors de votre location par les occupants suivants qui viennent de se cogner 500 bornes en plein cagnard et n’apprécient pas du tout de vous trouver là. Pour peu que la soirée de la veille ait été un peu arrosée, c’est la tronche hirsute et l’haleine chargée que vous vous retrouvez dehors avec vos bagages faits à la hâte…

Il y a des gens qui ont un calendrier et une horloge intégrés génétiquement, c’est impressionnant. Ils savent toujours quel jour on est, et quelle heure il est, à quelques minutes près.

Moi, d’un bout à l’autre de l’année, je suis obligée de faire un effort conscient de plusieurs secondes pour donner le quantième du mois. Souvent même, je dois réfléchir pour donner le jour de la semaine. Dans ma tête, les jours sont divisés en 2 catégories : ceux où je bosse, et ceux où je ne bosse pas. Amplement suffisant, non ?

Les gens à qui on demande l’heure et qui répondent à l’instinct « oh, il doit être vers les midi et demi », et qui ont raison parce qu’il est 12h32, moi ça me fait peur. Je trouve que c’est trop bizarre de toujours savoir l’heure qu’il est, comme ça, sans montre. J’aime bien n’avoir aucune idée de l’heure qu’il est, et de faire ainsi la nique au temps. Comme si je lui disais « nanère, je n’ai pas besoin de toi pour vivre ma vie tranquilou ». Sans montre, pour moi, il est peut être aussi bien 12h32 que 14h18 ou 17h36, ça ne change pas grand-chose.

Bon, je saisis quand même parfaitement la différence entre le jour et la nuit, hein ! Je me doute bien que s’il fait nuit, il y a peu de chances qu’il soit midi. Je suis souvent dans la lune, ok, mais pas à ce point…

Mais par exemple, quand je pique un de mes roupillons légendaires de durée aléatoire (entre 13 et 30 h d’affilée), je suis bien en peine de deviner quelle heure il est quand je me réveille.

Mais malgré mes efforts pour l’ignorer, le temps se rappelle sans cesse à moi, et généralement sous la forme d’obligations qui me maintiennent prisonnière dans un carcan d’acier.

Aucun moyen d’y échapper complètement dans la société actuelle, et aucun moyen de le faire disparaître.

Alors, je choisis la guérilla, les attaques sournoises, le harcèlement permanent. J’ai tout plein d’appareils à la maison qui indiquent l’heure. Le progrès nous a enfouis insidieusement sous des dizaines de petits chiffres lumineux qui nous rappellent à tout moment l’existence du temps : micro-ondes, magnétoscope, lecteur de DVD, appareil photo, téléphones, cadre photo numérique, four, ordinateur, réveil, télé, pendule…

Partout, l’heure qu’il est nous saute au visage !

Alors je suis entrée en résistance : je ne mets pas de piles dans les pendules, je ne règle pas l’heure des différents appareils, je n’applique pas le changement d’heure saisonnier. Chez moi, aucun appareil n’est à la même heure qu’un autre, et, à l’exception de mon réveil-matin, aucun n’indique l’heure exacte.

Prends-toi ça dans ta face, le temps !

Par charlie - Publié dans : vie quotidienne
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