Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 13:10

Un des sports favoris des français au quotidien, c’est la resquille. On jamais plus heureux que quand on arrive à gruger une place par-ci, par-là. Au moindre moment d’inattention, hop ! un petit malin nous pique la place dans la file d’attente à la pharmacie. Tous ces lieux qui ne sont pas forcément équipés des fameux rubans rouges dont nous parlions l’autre jour sont des lieux où nous devons garder tous nos sens en alerte. C’est le moment où notre sens de l’observation doit jouer à fond. Sitôt entrés, il faut scanner rapidement la totalité de l’officine du regard et enregistrer les données anthropométriques complètes des personnes déjà présentes. Il faut être capable de se souvenir que la bonne femme en manteau bleu qui regarde les crèmes hydratantes à gauche est la même qu’on retrouvera 2 minutes plus tard manteau sur le bras devant le présentoir des brosses à dents. Car il ne s’agirait pas de faire un scandale et jouer les offusqués si cette nana passe avant nous tout à l’heure alors qu’elle était là avant. Au moindre tintement de la porte d’entrée, se retourner vivement et enregistrer les données du nouvel arrivant, car il représente forcément l’ennemi, celui qui n’aura de cesse de nous passer devant. Il faut dire que les pharmacies se plaisent à entretenir le trouble et créer des problèmes : il n’y a jamais assez de caisses disponibles, chaque client prend un temps infini (multiples médocs, posologies à marquer sur les boîtes et à se faire expliquer, papiers à remplir…), l’organisation des lieux incite à se balader et ne permet pas de faire une queue digne de ce nom et enfin, on y va généralement juste après avoir passé 3 plombes chez le toubib. Les pharmaciens sont des monstres sadiques, on ne le dira jamais assez.

Chez le toubib, d’ailleurs, le même problème se pose. On arrive dans un état second, avec les capacités diminuées, et il nous faut malgré tout guetter l’ordre de passage afin de ne pas se faire flouer. Et tant pis si on passe pour un enfoiré parce qu’après 1h30 d’attente dans une salle surpeuplée et surchauffée, on refuse de laisser la place à un nourrisson enfiévré. Merde à la fin !

Certains ont trouvé une parade intéressante : se pointer devant la poste, la pharmacie, le médecin… ½ heure avant l’ouverture, pour être sûrs d’être les premiers. Je ne suis pas certaine que cette solution soit valable sous toutes les conditions atmosphériques. Et quand on y réfléchit bien, de passer 30 minutes à se les cailler tout seul dehors, est-ce vraiment un gain, comparé à 30 minutes à attendre dedans ?

Une autre solution pour resquiller est d’y aller franco, et d’user de sa condition de vieux, de femme enceinte ou d’handicapé pour passer plus vite. J’ai la fâcheuse tendance à laisser systématiquement passer devant moi tout ce petit monde, ainsi que les gens avec des enfants en bas âge, et ceux qui ont trois fois rien quand je pousse péniblement mon caddie rempli à ras-bords. C’est ainsi qu’une fois je vois une petite mémé qui me montre une boîte de petits pois et me regarde avec des yeux de merlan frit, un peu comme ça :

 

Bien sûr, je la laisse passer, et elle fait apparaître de nulle part un truc de courses à roulettes et en sort une quantité incroyable de produits. La fourbe ! Sale vieille !

La resquille en voiture peut-être pas mal aussi. Réussir à se glisser entre 2 véhicules et gagner 15 secondes sur son trajet, quel bonheur ! Et peu importe si ce faisant on a mis en danger la vie de 6 automobilistes et 12 piétons, seul le résultat compte. Pour rentrer chez moi chaque soir, je dois couper un boulevard très fréquenté pour prendre la rue juste en face. Je peux vous dire que c’est du sport ! Les voitures sont collées les unes aux autres et leurs conducteurs font mine de ne pas me voir (enfin, pour certains je veux bien le croire, ils sont trop occupés à décortiquer les secrétions récemment extraites de leur appendice nasal pour avoir conscience d’autre chose). Je dois longuement batailler à l’aide de grands gestes indiquant où je veux aller pour que quelqu’un finisse enfin par me laisser passer. Etant donné qu’une large majorité des gens sur ce boulevard passe là matin et soir, je prie ardemment pour qu’aucun connard n’ait un jour l’idée de faire semblant de vouloir traverser pour en fait resquiller une place dans la queue. Parce qu’alors là, finito pour moi, plus personne ne me laissera JAMAIS passer. Et je devrais attendre des heures à ce stop, pour pouvoir rentrer chez moi. Le plus longtemps que j’ai attendu : 10 minutes. Impossible d’avancer, car personne ne me laissait passer. Impossible de reculer, car il y  avait déjà une file de voitures derrière et la rue est trop étroite pour faire demi-tour (et de toute façon elle est à sens unique). Ça me fait enrager souvent car je suis une automobiliste plutôt sympa. Je laisse plein de gens passer tout le temps.

D’ailleurs, lors de la dernière visite de mon papounet, mon fils de 9 ans lui disait « maman, elle est gentille en voiture. Elle s’arrête pour les piétons, elle laisse passer les voitures au stop, elle s’arrête aux intersections quand le feu est rouge pour que ceux qui tournent puissent tourner ».

Je me rengorgeais comme une vieille dinde qui frime dans sa basse-cour. Mais la vieille dinde ne se doutait pas que le sourire hypocrite du fermier la veille de Thanksgiving signifiait la présence du couteau sacrificiel dans son dos…

« Enfin, des fois, elle dit toi t’as une tête de con, je te laisse pas passer »

Merci mon fils adoré.

Par charlie - Publié dans : vie quotidienne
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